Origine de l'extraction du tuffeau : les Gallo-Romains - des carrières à ciel ouvert

Le sol a été creusé pour y extraire le tuffeau, vraisemblablement depuis l'époque gallo-romaine ; en effet, les Romains avaient besoin de quantité importante de pierre pour ériger leurs monuments.
Ceux-ci extrayaient la pierre
à ciel ouvert, le long des coteaux bordant les rivières. Cela nécessitait auparavant de retirer la couche de terre et de pierre altérée avant d'exploiter la pierre recherchée.
Ils
entamaient le coteau par le bas, puis montaient en gradins.

On creusait tout autour du futur bloc à extraire, de
profondes saignées verticales avec un pic semblable à celui utilisé par nos perreyeux jusque dans les années 1950. Une saignée horizontale était réalisée, dans laquelle on insérait des coins sur lesquels étaient portés des coups avec une masse, ce qui avait pour but de séparer le bloc du reste du rocher, par sa partie inférieure (le dessous).

Vraisemblablement, lorsque le coteau devenait trop haut et donc la pierre plus difficile à extraire (trop de terre et de roche impropre à la construction, difficulté pour la transporter verticalement), la roche était extraite dans des cavités peu profondes n'excédant pas quelques dizaines de mètres, ce qui permet aussi d'exploiter en conservant les terres cultivables du plateau.
Ces galeries ont disparu avec l'érosion naturelle mais surtout par les creusements ou les aménagements postérieurs.

Cette pierre était destinée à la
construction et les déchets de taille à faire la chaux pour joindre les pierres.
A l'époque Gallo-Romaine, on fabriquait la chaux avec le calcaire issu de la même carrière que la pierre que l'on doit joindre, afin de garantir la
continuité minérale entre les pierres et leur liant.
Bouche de cavage dans le jardin d'un particulier, juste à coté de la maison (Maine-et-Loire).
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Le déclin

L'exploitation de la pierre va péricliter au début du XXème siècle. Le tuffeau, jusque là principal élément de construction dans le Val de Loire, est supplanté par des matériaux plus modernes, s’en suivent les fermetures de carrières de pierre à bâtir.
Aujourd'hui

Aujourd'hui,
une seule carrière souterraine reste exploitée, elle se situe en Maine-et-Loire, la productivité et l’efficacité des équipements modernes ayant rendu obsolètes les méthodes traditionnelles, le tuffeau extrait est surtout utilisé pour la restauration.

Aujourd’hui, il reste de grands volumes, témoins de cette époque, généralement
laissés à l’abandon.
Les entrées se font généralement sur des
terrains privés et sont souvent situés derrière les maisons, les entrées servent de temps à autre pour garer la voiture, garder quelques tonneaux, ranger quelques affaires, la tondeuse, la table et le parasol, la charrette du grand-père...

Les
risques d'éboulement ou d'effondrement sont réels, à plusieurs reprises on entend parler de ces incidents, dans les journaux, ou dans la conversation des habitants. Un effondrement à l'entrée ou sur le coteau, cela fait grand bruit -au sens propre comme au figuré- ; un effondrement situé plus profondément passe inaperçu, personne ne le sait... Pourtant, le danger est là pour certains lieux qui sont ensevelis sous ces effondrements, ainsi que pour celui qui est susceptible de pénétrer et de circuler dans ces galeries, mais aussi pour les constructions situées en surface.
Dans certaines carrières, de nombreux fontis forts anciens font entrer la lumière en abondance dans ces carrières.

Pourtant, ces lieux font partie de l'
histoire de la vallée, comme les châteaux et les vignobles de plus elles offrent un univers exceptionnel : elles auraient tout intérêt à être protégées, à être valorisés, à être utilisés...

Certains lieux ouvrent leur porte et se visitent pour monter et expliquer au public les méthodes d'extractions, les caractéristiques des lieux, avec une mise en valeur des lieux... Et c'est aussi le but de ce site internet...!
La réutilisation des vides des carrières

Un certain nombre de ces carrières ont été ré-exploitées en champignonnières à partir de la fin du XIXème siècle -en parallèle ou non de l'exploitation de la pierre-, avant de décliner, à leur tour, à partir des années 1970.
D'autres ont été ré-exploitées en
caves à vin, d'abord de manière artisanale et presque personnelle, avant de devenir pour certaines de grosses exploitations utilisant plusieurs kilomètres de galeries, ce qui est encore le cas aujourd'hui pour ces dernières.
Il existe aussi de nombreux autres types de réutilisations beaucoup moins connues que je vous invite à découvrir dans la partie concernée !
L'extraction de la pierre du Moyen-Âge à l'aube du XXème siècle

L'extraction et le commerce de la pierre se sont développés à partir du XIIème siècle pour se situer à leur apogée entre le XVème et le XIXème siècle.
La
construction d’églises et de cathédrales toujours plus grandes, de châteaux, dont les nombreux châteaux de la Renaissance, les maisons, d'abord bourgeoises au Moyen-Âge, les autres étant souvent à pans de bois et de torchis, pour se démocratiser ensuite, le tout accéléré par la poussée démographique, le développement du commerce, l’essor des villes ainsi que le développement des techniques de construction requiert une demande en pierre toujours plus importante et donc entraîne la multiplication des exploitations ainsi que leur développement.
Les nombreux monuments du Val de Loire, si réputés, n'auraient jamais vu le jour sans toutes ces carrières !

L'extraction se fait
en souterrain, dans des carrières "à ciel fermé". Le ciel désigne le "plafond" de la carrière, la carrière est dite "à ciel ouvert" lorsqu'elle est en plein air, et donc ne possède pas de ciel (le ciel est ouvert) et est dite -quelquefois- à ciel fermé lorsque le lieu est souterrain et par conséquent que le ciel ferme le lieu).
Les entrées se font sur les affleurements naturels le long des rivières ou dans les fronts de taille à ciel ouvert laissés par les romains, ou bien sûr, dans la continuité des galeries exploitées en souterrains
Les Mérovingiens

Deux siècles plus tard seulement, les Mérovingiens, qui ne construisaient quasiment qu'en bois (même les châteaux), reprennent l'exploitation de la pierre pour bâtir leurs églises, qui, elles, sont souvent en pierre ainsi que pour produire des sarcophages. Ils exploitent alors les blocs et les amorces de blocs laissés par les Romains avant d'extraire eux-même la pierre dans la masse rocheuse des galeries.

Les sarcophages mérovingiens sont trapézoïdaux, afin d'épouser la forme du corps ; les cuves de ceux-ci ainsi que les couvercles sont disposés tête-bêche dans le but d'économiser de la matière, cela demande aussi moins de travail.
Ils sont
extraits en lit (dans le sens des strates de la pierre) ou en délit (perpendiculaire au strates) dans ce dernier cas, ils sont dégagés des parois verticales, ce qui constitue l'amorce d'une galerie, des saignées sont creusées tout autour, des coins sont insérés, on tape, le bloc est arraché par sa face arrière (et non par son fond comme chez les Romains), technique qui a été employée jusqu'au milieu du XXème siècle pour la pierre de construction.
[ L'extraction des sarcophages sera développé dans la partie concernée. ]

Les mérovingiens ont aussi utilisé les anciens bâtiments romains comme carrières de pierre.
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A gauche reconstitution d'une exploitation de sarcophages. Dans cette reconstitution, les cuves sont extraites du sol et les couvercles de la paroi (ce qui n'est pas toujours le cas)
A droite, reconstitution de l'extraction de la pierre à l'époque romaine
Afin de pouvoir soulever les blocs de taille importante, les Romains ménageaient sur les côtés de ceux-ci des réserves de pierre appelées tenons de bardage, y étaient alors accrochées des cordages de chanvre. Ces tenons étaient ensuite rompus lors de la construction.
Le bloc était tiré en le faisant
rouler sur des rondins, ainsi il était possible de déplacer des blocs de plusieurs tonnes.

Pour les blocs plus petits, ils pouvaient utiliser ce même système ou bien creuser sur le dessus du bloc, deux cavités en V, de façon à former comme un anneau et à y glisser les cordes de levage. Il pouvait aussi être creusé deux gorges en U sur deux côtés opposés pour y faire passer les cordes
Dans les deux cas, la cavité en V et les gorges en U deviennent invisibles lors de la construction du mur, car contenue dans les joints.

Ils pouvaient aussi soulever les blocs à l'aide d'une louve. Il est réalisé dans la face supérieure du bloc un trou calibré pour recevoir un ingénieux système mobile en trois pièces appelé louve, qui ne peut s'enlever par inadvertance une fois fixée. La louve est enlevée une fois le bloc monté, le trou diparait dans la maçonnerie.
Ce système permet de soulever de lourdes charges.

La louve auto-serrante permettait de soulever de petits et moyens blocs sans avoir à aménager quoi que ce soit dans le bloc à transporter, ormis un petit trou, c'est avec un ingénieux système de pression que la pince soulève le bloc.

Différentes machines que nous ne détaillerons pas ici permettaient de soulever les blocs : des treuils (parfois actionné par une cage à écureuil pour les blocs lourds), des palans (système de poulies qui démultiplie les force pour soulever un objet), des cabestans (treuil à axe vertical, mu par des bras de leviers poussés par des hommes), des grues tournantes mues par un écureuil.
Ces systèmes sont utillisés dans les carrières comme sur les chantiers de construction.
Au III ème siècle, lors des invasions barbares, les Gallo-Romains abandonnent les exploitations en laissant les blocs sur place.
Evolution du front de taille à l'époque Gallo-Romaine.
Quelques systèmes de fixations en usage à l'époque Gallo-Romaine
Tenons de bardage - Canaux extérieurs en U- Canaux intérieurs- Pinces de la louve autosserrante
Système de la louve tripartite
Une carrière à ciel ouvert à l'époque Gallo-Romaine
(illustration Hachette)
Anciennes habitations troglodytiques et entrée de carrière à Bourré (Loir-et-Cher)
Emblèmes ciselé sur la façade d'une maison à Parnay (Maine-et-Loire)
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Le carrier a plusieurs appellations selon la région, par exemple, il est appelé Perrier dans la Valllée du Cher et dans la région de Loches et Perreyeur ou Perreyeux vers Saumur et Angers. Ces dénominations régionales ont toutes comme origine le mot pierre.
Les perriers sont souvent des paysans, généralement des viticulteurs, dont les vignes poussent bien, sur les coteaux et les plateaux calcaires. L'exploitation de la pierre leur assure un complément de revenu

Les exploitations sont d'abord de taille réduite, avant de se développer, surtout au XIXème siècle. Le carrier paysan qui exploite la pierre laisse sa place à de grandes sociétés d'exploitations qui peuvent comporter plusieurs carrières. D’abord réalisé de façon artisanale, l’extraction de la roche va se normaliser. C'est aussi à partir du milieu du XIXème siècle que des plans seront dressés, surtout dans le but de savoir si la roche laissée par les carriers sous forme de piliers était suffisante pour supporter le ciel.

Toute une économie va se développer à partir de cette pierre.
Par exemple, à Montsoreau, près de Saumur, on a compté jusqu’à 500 perreyeux pour 800 habitants, dans beaucoup de communes on compte des dizaines voir des centaines de kilomètres de galeries...
Des villages entiers se développent grâce à l'exploitation de la pierre, cela contribue à faire vivre les bateliers qui sillonnent la Loire et ses affluents et contribue aux échanges et au commerce entre les différentes villes de la vallée ainsi qu'avec les villes extérieures. Cela fait vivre aussi de nombreux artisans comme les tailleurs de pierre, les sculpteurs, les ciseleurs, qui travaillent la pierre une fois celle-ci extraite.
Les carriers vivent souvent dans des troglodytes, creusés par eux-même dans le rocher, dans le but d'en faire une maison, ou bien, parfois, dans une entrée de carrière réutilisée. Ils se sont aussi bâtis des maisons en tuffeau, surtout à partir du XIXème siècle. Sur certaines maisons on remarque parfois deux pics, leur emblème.
La vie de la région, son développement ainsi que son patrimoine culturel et architectural sont intimement lié à la richesse de son sous-sol.
Il faut aussi imaginer que le volume de bâtiments et de monuments construits possède son équivalent en vides, sous nos pieds, où a été extraite la pierre nécessaire à leur érection.

Certains bâtiments servent aussi de carrière de pierre, c'est bien sûr le cas des bâtiments détruits pour être remplacés, par exemple, une église détruite pour en recontsruire une plus grande, mais aussi les bâtiments inutilisés qui sont détruits dans le but de récupérer la pierre comme des châteaux-forts après le Moyen-Âge (quand ceux-ci ne sont pas transformés en châteaux d'agrément), les murailles des villes...
Entrée de carrière dans le Maine-et-Loire. (Juillet 2004)
Une carrière dans le Maine-et-Loire. (Août 2004)
Une autre carrière dans le Maine-et-Loire. (Août 2004)
Entrée d'une petite carrière utilisée comme cave de stockage (Loir-et-Cher).
Panneau (Loir-et-Cher).
Carrières avec fontis anciens abandonnées (Maine-et-Loire).
Traces de pas dans une injection sous la voie de chemin de fer (Indre-et-Loire).
Ciel effondré dans une carrière de Loir-et-Cher.
Au milieu du XIXème siècle, des carrières se regroupent, des sociétés se développent, celles-ci possédent plusieurs carrières, parfois, elles deviennent inter-régionales, comme par exemple la société Civet-Pommier et Cie, qui compte, en 1930, 1000 employés en tant que carriers, tailleurs de pierre, mécaniciens...
A cette époque, souvent, les carriers sont encore payés à la tâche, à la quantité de pierre extraite.
Parmi ces carriers, on retrouve, comme plusieurs siècles auparavant, des paysans qui viennent travailler l'hiver.

Après la 1ère guerre mondiale, certaines carrières manquent de main d'oeuvre, à cause de la quantité d'hommes tombés au front ou grièvement blessés et incapables de faire ce travail, elles font alors appel à des ouvriers étrangers, notamment Italiens.