carrière des V*****
La carrière des V****** est une ancienne carrière réutilisée -comme beaucoup d'autres- à partir de la fin du XIXème siècle en champignonnière (sans doute au départ en parallèle de l'extraction de la pierre).

Elle est intéressante pour la variété de ses volumes et surtout pour ses
dessins d'églises de 1765-1767.

C'est une carrière visiblement assez grande sur au moins 2/3 niveaux dont 2 sont superposés.
L'exploration de cette carrière n'est pas finie.

L'entrée se situe sous un
hangar qui est accolé au coteau, et qui est aujourd'hui utilisé par un agriculteur. Cet hangar a sans doute servi à la préparation des fumiers pour la culture des champignons (voir la rubrique culture des champignons ici ).
Il y a aussi deux autres entrées à quelques dizaines de mètres,qui ne communiquent pas avec la carrière.
La galerie d'accès est assez longue, légèrement sinueuse et descend en pente douce.
Elle est
finement taillée et voutée en anse de panier sur les 15 premiers mètres (environ), un peu à la manière des caves. On observe une ouverture à droite sur l'ancien habitat troglodytique est 3 ouvertures ou niches voûtées murées. Ensuite, la galerie rétrécit brusquement, et est beaucoup moins travaillée, un peu comme si on aurait creusé cette galerie à partir d'une cave existante. On observe un mur maçonné, daté du 12-06-1961. et une porte qui marque l'entrée de la champignonnière. Celle-ci comporte une ouverture circulaire, pour l'aération.
En plus des entrées de la carrière, on remarque, une petite pièce avec cheminée, ainsi que quelques autres pièces à usage inconnu. Dans l'une d'elle on apperçoit un réservoir en béton, qui a été fini de construire en 1928...
Les confortations ne sont pas nombreuses mais offrent beaucoup de variété.
On observe là où la masse rocheuse entre deux galeries parallèles était trop faible, l'agencement de "murs" avec des pierres sèches et de la poudre de tuffeau en pied de paroi, et jusqu'à au moins mi-hauteur, puis de la poudre de tuffeau pour conforter celle-ci.
Rien n'indique si ces confortations ont été réalisées par les champignonnistes ou par les carriers eux-mêmes.

D'autres confortations sont maçonnées et ont été réalisées lors de la réutilisation des lieux par les champignonnistes. Elles sont manifestement de diverses époques.
Une paroi près d'une de ces confortations (près de la confortation au fond de la 1ère photo) comporte l'inscription "Tous les *puits(?)* et les murs ont été fait par Beruert *Legent(?)* 1898 " (photo 3), ce qui atteste de la date de la construction de certaines confortations et qui pourrait sous-entendre qu'il n'y en avait pas avant.
La signature de cette/ces personne(s) se retrouve à quelques endroits, non loin, dans la carrière.
La galerie continue de s'enfoncer avant d'arriver à un virage puis à un carrefour où une galerie descend et une autre monte. Ici commence véritablement la carrière. On note deux niveaux de galeries superposées, mais l'extraction qui ne s'est pas forcément fait sur des plans horizontaux fait apparaître des niveaux d'extractions intermédiaires (sans pour autant constituer des niveaux de galeries supplémentaires, car il n'y pas de plancher entre).

Le
niveau inférieur n'est pas très grand, il se compose d'une galerie de roulage principale tortueuse, qui rejoint le niveau supérieur, au bout de quelques centaines de mètres. Il comporte quelques dizaines de galeries dont on remarque qu'elles sont sans issues ou se rejoignent en les explorant, sauf une qui remonte lentement et qui communique avec le niveau supérieur par un petit escalier (sans doute aménagé lors de l'exploitation des champignons - à quelques dizaine de mètres, au niveau supérieur se trouve une source.). A noter aussi une galerie qui remonte au niveau supérieur mais qui reste sans issue. Assez peu de piliers tournés.
Le
niveau supérieur est beaucoup plus vaste, il se compose de galeries et de piliers tournés. Une zone comporte des galeries qui n'ont pas été réutilisées pour la culture des champignons et sont encore remplies de déchets d'exploitation.
On note de
communications accidentelles entre les deux niveaux.

Les volumes sont caractéristiques des carrières de la région : hauteur de 2m à 2m50, largeur variant selon le nombre de banc extraits de front, formant ainsi des galeries de largeur assez variables, avec de nombreux décrochés, des variations de niveaux et un plan anarchique.
A gauche, après cette porte, se situe une petite salle qui devait être un petit atelier de réparation pour les champignonnistes : on y trouve un établi ainsi que quelques outils, un broyeur à tuffeau (destiné à faire de la poudre de tuffeau- chapin- pour l'opération du gobetage) et un tablier.
La galerie continue de s'enfoncer que des dizaines de mètres, on y trouve quelques racus, avant d'arriver à une porte métallique. Avant cette porte, une petite galerie part à droite et comporte un mur de parpaing muni d'une porte piéton ainsi qu'e dune grille. Elle rejoint la galerie principale juste après. Des dates de lardages de champignonistes sont visibles avant ces portes.
Deux puits de communication ont été aménagés entre le niveau inférieur et le niveau supérieur.
Les deux puits ne sont pas très loin de la galerie inférieure qui remonte vers le niveau supérieur se terminant par le petit escalier.
Le
premier puits est situé dans un fond de galerie au niveau supérieur et donne au ciel de la galerie de roulage au niveau inférieur (photo 1). Celui-ci fait quelques mètres de hauteur. Au niveau supérieur il comporte une margelle faite de pierre et jointée au ciment(photo 3). Sur la paroi, au dessus de cette margelle, on aperçoit une inscription "fait du 31 Août 1927 au 3 Septembre par Robert Cheneveau (photo 4). Cette date est visiblement celle de la construction de la margelle.
Le
second puits comporte deux petites marches au niveau supérieur et se trouve dans une galerie. Au niveau inférieur, il se situe dans un racus, qui a été utilisé pour y placer une chaudière. Il comporte lui aussi une margelle, interronpue au niveau des marches. Il n'est pas profond (1m de plancher) et comporte un film polyane, qui a été disposé là plus récemment dans le but d'éviter les courrants d'air.
Cette carrière comporte plusieurs "passages". Ceux-ci peuvent avoir été creusés à l'époque des champignonistes afin de faciliter la communication entre plusieurs caves ou des caves aux fontaines, afin de leur éviter de faire un détour, ou à l'époque de l'exploitation de la pierre pour vérifier, par exemple, une épaiseur de roche entre deux galeries.
On a aussi une galerie longue de plusieurs mètres, de 80cm de large environ, en voûte, directement taillée dans la masse, en qui est étrangement taillé entre deux parties distinctes de la carrière.
Carrefour menant aux deux niveaux superposés. On aperçoit à gauche un niveau intermédiaire. Les galeries supérieures se trouvent juste au dessus
Large galerie au niveau supérieur.
Galerie avec déchets d'extraction contenue derrière des hagues (sans doute réalisée à l'époque de la culture des champignons).
L'extrémité de la galerie du niveau inférieur remontant légèrement vers le niveau supérieur, et communiquant avec celui-ci par un petit escalier. (sans doute construit lors de la culture des champignons).
Communication accidentelle entre les deux niveaux. Le plancher entre les 2 galeries fait à cet endroit pas plus de 30cm d'épaisseur.
Avancée du front de taille et bitonios destinés à fixer le manche en bois des lampes des carriers.
Une galerie du niveau inférieur avec un pilier tourné. A noter les variations de niveaux du sol et du ciel.
Dans la carrière, plusieurs fontaines et réservoirs destinées à la culture des champignons ont été aménagés.
Ces fontaines sont ici maçonnées, généralement contre une paroi et sont alimentées en eau par des sources ou des puits.
Un réseau de tuyaux et de robinets ont complétés les fontaines et sont alimentés de la même manière. Les tuyaux sont enterrés dans le sol ou accrochés au ciel ou sur les parois. Certains passent d'un niveau à l'autre.
Consolidation d'une paroi très fine (15cm à l'extrémité) et confortation maçonnée pour soutenir le ciel au fond.
Consolidation d'une paroi dont la roche se fend sous le poids à soutenir.
"Tous les *puits(?)* et les murs ont été fait par Beruet *Legent(?)* 1898"
Mur maçonné au ciment plus récent, dans une galerie inférieure.
Deux vues d'une confortation ancienne dans une galerie supérieure.
Ici, a été creusé un puits au niveau inférieur. Il alimente un réservoir (construit en 1923) et une fontaine situé au niveau supérieur, via des canalisations. L'eau était pompée par la pompe située à côté. Elle fonctionnait vraisemblablement grâce à un moteur situé sur la petite plate forme devant, comme en témoigne le noir de fumée au ciel. Des canalisations repartent du réservoir pour alimenter plusieurs points d'eau dans la carrière. Dans le puis on remarque ce qui semble être (à prendre avec précaution) une galerie noyée (niveau de carrière, galerie de recherche de sources, volume de stockage de l'eau ?)
Des chaudières permettaient de chauffer l'air en cas de besoin, malheureusement, celles-ci ne sont plus. Cependant, leur emplacement est repérable, comme celui-ci où en plus a été taillée une niche surmontée d'une croix, peut-être destiné à accueillir une statuette. Celle-ci n'est pas forcément contemporaine à l'exploitation en champignonnière, elle a très bien pu être réalisée par les carriers.
Deux réservoirs situés au niveau inférieur. Ceux-ci ont été réalisés en maçonnant un muret contre la paroi et en appliquant du ciment dans le but d'étanchéifier le tout.
Les deux précédents réservoirs sont alimentés par une source situé au niveau supérieure via des canalisations. Le décrochement en haut est du à l'effondrement de toute une galerie (en face) à cause des infiltrations.
Robinet et tonneau.
Robinet et toujours en état de marche.
Comme il a été dit plus haut, cette carrière est intéressante pour ses inscriptions.
En effet, elle comporte des
dessins d'églises datés de 1765 et 1767. La plupart sont signés Gille Daubron suivi de "exe....teur" (?)
A plusieurs reprises ces dessins sont accompagnés de personnages munies d'épées.
Certains sont non datés et non signés.

Il est
rare d'avoir des dessins datés et signés de cette époque. En effet, au XVIIIème siècle peu de gens savaient lire et écrire, cela est encore plus le cas dans les gens du peuple, comme les carriers, qui étaient généralement des paysans (d'où le comptage par I, V inversés et X).
Ces dessins ne sont pas forcément des dessins de carriers mais pourraient être ceux d'un tailleur de pierre ou d'un "visiteur" venu ici à plusieurs reprises.


Ce premier dessin représente visiblement une
abbaye. A droite est représenté un homme avec une épée, et au dessus à gauche, visiblement un coq et une poule. Il est daté de 1767. Dessous, il est écrit : "faitte par moy gilles daubon *e.....teur ?* faitte vingt quatre janvier ? mil ? sept can ? soixantte sept ?". On remarque plusieurs signatures postérieures.
Ce deuxième dessin est daté du 31 Janvier 1767. Il comporte lui aussi le nom de l'auteur.
Trois personnages sont dessinés à droite et semblent aller à l'abbaye par un chemin. On premarquera qu'ils possèent eux aussi une épée, mais à la ceinture. Par dessus le 2ème personnage a été réalisé un tableau de carrier.
Ce troisième monument est lui aussi daté et signé. Celui-ci date de 1765.
En bas il est écrit "Faitte par moy gille (...)" en haut, on remarque un nom "Martin (...)" qui ,'apparaît pas sur les autres dessins (sans doute postérieure), et la date "Fait le 26 De novembre 1765".
D'autres dessins, toujours de monuments religieux.
Le premier est daté de 1766. Deux petits textes on été inscrits en haut, de part et d'autres du dessin, mais ils sont malheureusement difficilement déchiffrables.
Les deux autres dessins ne comportent ni nom ni date.
Voici d'autres dessins au tracé similaire et représentant sans doute des lieux ou des choses religieuses (présences de croix).
Rien n'indique s'ils datent de la même époque que les précédent et que l'auteur est le même.
En plus de ces dessins d'églises, on observe la présence de nombreux tableaux de carriers avec le comptage typique en I, V inversé et X, ainsi que de nombreuses dates de lardages ou de comptage des toises de meule des champignonistes. On observe aussi quelques signature de personnes de passage, comme ce chef de fanfares en 1888 ou cet ancien caporal clairon en 1923. Une inscription fait sourire, car est est signée le voleur de champi"n"ions.
Des dessins sont également visibles, pour les plus remarquables, un train de bateau dessiné dans un racu, des fumeurs, qui se trouvent en face, ou des portraits ébauchés sur la totalité d'une paroi d'une galerie, ou une petite scène de chasse.
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